Quelle est votre profession ?christine-aubry

Je suis Ingénieur de recherches Hors classe à l’INRA, agronome de formation (doctorat en agronomie et Habilitation à Diriger des Recherches). J’anime une équipe de recherches intitulée « Agricultures Urbaines » depuis juin 2012, après avoir travaillé depuis une dizaine d’années sur les formes d’agriculture de proximité des villes

Organisme pour lequel vous exercez actuellement ?

Au sein de l’INRA, je suis membre du département SAD (Sciences pour l’action et le développement) dans une unité mixte de recherche (SADAPT) en lien avec deux départements d’enseignement de  l’école AgroParisTech

Comment êtes-vous arrivée à travailler sur des sujets liés aux problématiques environnementales ?

J’ai longtemps travaillé sur la gestion technique des exploitations agricoles, les règles de décision des agriculteurs, et de fait analysé chez eux, comment la montée des préoccupations environnementales dans la société pouvaient se traduire par des modifications de pratiques agricoles. Suite à un détachement à Madagascar entre 1999 et 2002, je me suis intéressée aux formes d’agriculture près des villes, voire dans les villes, au Nord et au sud. J’ai pu constater dans ces agricultures des problématiques environnementales « positives » (valorisation des déchets organiques urbains; biodiversité cultivée considérable chez les maraîchers périurbains en cycle court) et parfois négatives (utilisation mal contrôlée de pesticides dans les agricultures intra ou péri-urbaines au Sud). Mon intérêt pour les problématiques environnementales a ainsi toujours été lié aux pratiques agricoles

Citez-nous quelques dates importantes dans votre parcours professionnel ?

L’intervalle 1999-2002 de mon détachement à Madagascar a été pour moi l’initiation de plusieurs projets, dont ADURAA (Analyse de la Durabilité de l’agriculture à Antananarivo) qui a duré de 2003 à 2008 et a rassemblé des chercheurs français et malgaches de diverses disciplines. Il se poursuit maintenant par un projet opérationnel de développement d’agriculture d’autoproduction par les familles pauvres de la capitale malgache (AULNA 2011-..), soutenu par la coopération décentralisée d’Ile de France.

J’ai aussi participé au cours des 5 dernières années à trois projets importants :

  • PPTA (pollutions de proximité, trafic et agriculture) étudiant les risques de dépôts de polluants du trafic routier sur les zones agricoles périurbaines
  • ABIPEC s’intéressant aux incitations et jeux d’acteurs favorisant (ou pas) le passage à l’agriculture biologique dans les périmètres de captage d’eau (une étude comparée entre France et Allemagne)
  • Projet ANR ISARD (Intensification Ecologique et Recyclage des déchets) dans lequel j’ai contribué à comprendre comment les agriculteurs urbains et périurbains peuvent insérer des produits résiduaires organiques urbains dans leurs pratiques.

Aujourd’hui, avec le projet JASSUR (Jardins associatifs Urbains) rassemblant (2013-2016) des partenaires de 12 laboratoires de recherche et 7 villes françaises, nous travaillons notamment sur la connaissance des pratiques et de la fonction alimentaire de ces jardins collectifs de plus en plus en plus demandés par les urbains. Enfin, concomitamment au montage de l’équipe Agriculutres Urbaines en 2012, j’ai initié avec des partenaires associatifs un projet pilote de production potagère sur les toits à AgroParisTech.

Environnement : vos craintes et vos espoirs ?

Beaucoup d’espoirs par rapport à l’agriculture: les langues de bois autour des pratiques agricoles en grande culture se défont, lentement mais sûrement, et on constate souvent de très gros efforts des agriculteurs dits conventionnels pour limiter la dépendance aux intrants chimiques. Les demandes croissantes des urbains pour des produits agricoles plus « sains» et plus proches devraient, mais il faut de l’accompagnement, aller dans ce même sens. A travers leurs propres pratiques d’autoproduction dans les jardins associatifs, les urbains peuvent aussi mieux comprendre les difficultés techniques des agriculteurs et un dialogue entre deux mondes séparés depuis des décennies pourrait peut-être s’instaurer de façon moins agressive qu’aujourd’hui.

Mes craintes (toujours dans ce domaine agricole) : que le poids des lobbies, des marchés spéculatifs sur les matières premières agricoles, des idéologies, retardent ce processus nécessaire de re-connection entre agriculture et ville.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui souhaitent s’investir dans la protection de l’environnement ?

Je ne me sens pas du tout prête à donner ni leçons ni conseils ! Juste peut-être à dire que nous souffrons en France singulièrement de manque de dialogue et de radicalisation systématique (dans un sens ou dans l’autre) des positions, alors que bien souvent, nos connaissances sont empreintes de fortes incertitudes.

Pouvez-vous nous citer quelques sites internet intéressants en lien avec votre sujet ?

Sur des sujets touchant à l’agriculture urbaine, le site du RUAF (Resource center on Urban agricuture and food security www.ruaf.org) ou sur des expériences canadiennes : www.crapaud.uqam.ca.

Retrouvez l’article de Christine Aubry

L’agriculture urbaine : sous les pavés, les cultures ?