Par Florent BRUN et Anne DELMAIRE

Le concept de l’assainissement écologique se base sur un cercle vertueux qui vise à restituer les nutriments et matières organiques de nos excréta à la Terre. Ce concept veut préserver la santé humaine en confinant et hygiénisant les pathogènes contenus dans les matières fécales et en prévenant la pollution en amont plutôt que de la contrôler en aval. Si l’on peut le décliner en techniques (toilettes sèches, filtre planté, pédo-épuration par exemple), ce concept est avant tout un principe global de compréhension et de respect des cycles naturels de l’eau, des nutriments et des matières. Il permet de diminuer le risque de contamination des eaux du bassin versant en même temps qu’il considère les matières fécales et les eaux usées traitées comme des ressources valorisables.

Les techniques de l’assainissement écologique permettent la mise en synergie de différents acteurs : eau, assainissement, agriculture, santé et éducation, permettant ainsi un enrichissement des problématiques et des solutions rencontrées. La réussite n’est plus seulement un design technique mais elle est également et surtout agronomique et sociale.

Aujourd’hui, les gens ne savent pas ce que deviennent leurs excréta que ce soit à l’échelle française ou mondiale (nord et sud confondus). Ils les oublient instantanément une fois qu’ils ont tiré la chasse. Cette récente attitude (n’oublions pas que le WC n’a pas un siècle !), est un frein pour la mise en œuvre généralisée de l’assainissement écologique. En effet, ce concept demande un changement de paradigme et de considérer ses « déchets » comme des ressources.

90% des eaux usées domestiques dans le monde sont rejetées sans traitement dans le milieu naturel

Facteurs et constats qui motivent la mise en place de dispositifs d’assainissement écologique

Au niveau mondial, 90% des eaux usées domestiques sont rejetées sans traitement dans le milieu naturel. En fonction des pays, l’agriculture repose soit sur l’utilisation de fertilisant chimiques (N, P, K), soit sur aucun apport extérieur faute de moyens ou soit sur l’épandage des matières de vidange non traitées et de manière plutôt clandestine. En effet, il est de notoriété publique que les matières de vidange sont régulièrement collectées et réutilisées par les maraîchers sur les sites de dépotage, induisant un risque sur la santé. L’enjeu de nourrir une population mondiale en pleine croissance et celui de restaurer la fertilité des sols est entier. Le phosphore, extrait des mines, est une ressource épuisable à l’horizon d’une soixantaine d’années. Les urines quant à elles sont une source de phosphore renouvelable et les composts de toilettes sèches sources de nutriments et vie microbiologique pour les sols. L’Europe se soucie de cette pénurie de phosphore, les pays en voie de développement cherchent à résoudre les problématiques de sécurité alimentaire. Les sous-produits de l’assainissement écologique sont en tous sens, une réponse pour tous. De fait, ce concept suscite l’intérêt croissant de la communauté internationale, et s’articule bien avec les stratégies actuelles de responsabilisation/autonomisation pour l’assainissement au niveau familial. Cela implique cependant que chaque futur utilisateur soit partie prenant dans le choix du système pour que l’appropriation soit optimale.

Quelles actions à mettre en place pour un assainissement plus durable ?

Toilettes_écologiquesLes projets d’assainissement écologique en France et à l’étranger (y compris dans les projets de développement) doivent être bien menés et accorder une place importante à la participation et à la sensibilisation tout au long de leurs déroulements. Les contraintes techniques sont quant à elles plus facilement maitrisables. Penser le volet « réutilisation » dès le début des projets devrait être un réflexe, au minimum la destination finale des vidanges (solide ou liquide) devrait être anticipée dès la conception des projets d’assainissement. Il est essentiel de former les personnes qui pratiquent déjà la réutilisation, afin d’éviter les risques sanitaires. Il est important également d’associer les acteurs du développement agricole et de favoriser une concertation continue avec les autorités afin de permettre d’améliorer la durabilité des projets. Pour finir, les préjugés au sujet de la réticence des personnes à manipuler les excréments (phécophobie) sont nombreux et il est indispensable d’aller le vérifier avec les concernés, pour pouvoir dépasser les idées reçues.

Quelles techniques associer au concept de l’assainissement écologique?

Les techniques associées au concept de l’assainissement écologique reposent sur une gestion séparant les excréta du reste des eaux usées domestiques, en utilisant des toilettes fonctionnant généralement sans eau, et appelées toilettes sèches. Les différents types de toilettes sèches forment deux grandes familles : les toilettes unitaires (urines et fèces sont collectées ensemble) et les toilettes à séparation à la source (urine et fèces sont collectées séparément). Chacune engendre des spécificités d’implantation et d’exploitation différentes mais toutes en France et en Europe permettent de traiter les excréta selon un processus naturel de décomposition de la matière organique : le compostage ou le lombricompostage. Concernant le compostage, l’ajout de matières carbonées est nécessaire pour que le processus soit optimal. Cette matière carbonée correspond à toute matière organique sèche, comme par exemple sciure, copeaux de bois, paille hachée, feuilles et fanes séchées et broyées. Les excréta traités, il ne faut pas oublier les eaux ménagères, flux issus des éviers, douches et cuisines et utiliser des systèmes permettant un retour au sol de ces dernières.

La réussite durable des alternatives à l’assainissement conventionnel repose sur la participation des futurs utilisateurs

Les Toilettes sèches Unitaires

Il existe deux grandes familles de Toilettes Unitaires : les toilettes avec ajout de matière carbonée (à chaque passage ou en un apport unique important au départ) et les toilettes à séparation gravitaire. Dans les deux cas, les urines et les fèces sont en contact.
Dans le premier, ils sont traités de manière conjointe dans un petit réceptacle de stockage vidangé sur une aire de compostage extérieure ou bien ils sont traités dans une grande cuve de compostage situé sous le siège de la toilette. C’est le premier système qui est le plus répandu en France et connu comme les toilettes à seau ou les toilettes à litière.

Pour les toilettes à séparation gravitaire, les lixiviats (urine ayant percolé sur des fèces) sont soit infiltrés soit traités avec les eaux ménagères. Les fèces quant à elles sont lombricompostées.

Les Toilettes sèches à séparation à la source

Elles sont équipées d’une cuvette spéciale qui permet de collecter les urines d’un coté et les fèces de l’autre sans qu’il n’y ait de contact entre les deux. Le traitement se fait de manière spécifique pour chacune des deux fractions. Pour les urines qui sont exemptes de pathogènes, elles sont stockées dans un récipient puis sont réutilisées comme engrais liquide. Elles peuvent également être valorisées dans le compost ou dirigées dans le réseau des eaux ménagères. Les fèces, en France/Europe sont co-compostées. En revanche, dans les pays plus chauds, elles peuvent être déshydratées.

A l’échelle internationale, et concernant le choix d’un système plutôt qu’un autre, il est primordial de bien connaître les contraintes locales, en particulier, le climat, les habitudes culturelles et les desiderata des futurs utilisateurs concernant l’entretien et la gestion du système à installer.

Conclusion

La réussite durable des alternatives à l’assainissement conventionnel ne repose pas sur la maîtrise de techniques particulières : elle repose essentiellement sur la participation (de la conception au suivi) des futurs utilisateurs à la fois dans la construction des infrastructures et pour la valorisation des produits. Plutôt que de reproduire un design, il importe de comprendre les principes de l’assainissement écologique pour pouvoir les adapter à un contexte donné. Participation, sensibilisation, projets pilotes, formation, capitalisation sont des recommandations qui peuvent s’appliquer à tous les contextes.